{"id":19,"date":"2013-07-13T13:33:30","date_gmt":"2013-07-13T13:33:30","guid":{"rendered":"http:\/\/doublecreme.net\/?p=19"},"modified":"2016-04-16T06:16:54","modified_gmt":"2016-04-16T04:16:54","slug":"livresse-de-leverest","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/doublecreme.net\/?p=19","title":{"rendered":"L&#8217;ivresse de l&#8217;Everest"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-20 aligncenter\" alt=\"Mount Everest site\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Mount-Everest-site-300x198.jpg\" width=\"500\" height=\"198\" \/><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e 2013 marque le soixanti\u00e8me anniversaire de la premi\u00e8re ascension du Mont Everest. Le 29 mai 1953, Sir Edmund Hillary, accompagn\u00e9 de son sherpa Tensing Norgay, se hissaient au sommet du monde \u00e0 8848 m\u00e8tres d\u2019altitude. De nombreux alpinistes s\u2019y \u00e9taient essay\u00e9s avant eux, les premi\u00e8res tentatives remontant au d\u00e9but des ann\u00e9es 20.<\/p>\n<p>En marge de ce jubil\u00e9, l\u2019Everest faisait r\u00e9cemment les titres de la presse internationale. En avril dernier, une rixe opposait le Suisse Ueli Steck, alpiniste renomm\u00e9 pour ses exploits de vitesse, \u00e0 des sherpas assurant la maintenance des voies d\u2019acc\u00e8s au sommet. La nouvelle d\u2019un tel d\u00e9cha\u00eenement de violence en altitude ne pouvait qu\u2019interpeller les amateurs de montagne. Un fantasme se brisait, rappelant \u00e0 notre conscience d\u00e9sillusionn\u00e9e que m\u00eames les plus hautes sph\u00e8res de la terre, o\u00f9 s\u2019impose la grandeur de la nature, ne suffisent \u00e0 dissiper les plus viles inclinaisons des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ce double \u00e9v\u00e9nement est l\u2018occasion de poser un regard sur cette montagne, si pr\u00e9sente dans notre imaginaire, et de s\u2019arr\u00eater sur quelques-unes de ses facettes les plus inattendues.<\/p>\n<p>S&#8217;offrir une ascension<\/p>\n<p>Pour commencer, il s\u2019av\u00e8re que l\u2019ascension du Mont Everest ne pr\u00e9sente pas de difficult\u00e9s techniques majeures, le principal d\u00e9fi \u00e9tant avant tout logistique. Elle est accessible \u00e0 toute personne en bonne condition physique disposant du temps et du budget n\u00e9cessaires. Trois mois environ sont \u00e0 pr\u00e9voir pour l\u2019acclimatation, et quelques dizaines de milliers de francs pour l\u2019\u00e9quipement, les divers permis, ainsi que pour l\u2019engagement de guides et de sherpas.<\/p>\n<p>Ainsi de multiples \u00ab exp\u00e9ditions \u00bb sont organis\u00e9es chaque ann\u00e9e. Ces derni\u00e8res sont souvent financ\u00e9es par des sponsors, qui profitent de la publicit\u00e9 et des possibilit\u00e9s offertes par internet. En effet, nombre d\u2019alpinistes s\u2019appliquent \u00e0 m\u00e9diatiser leurs exploits, en tenant blogs et autres sites qui rendent compte de leur avancement en temps r\u00e9el. L\u2019ascension du plus haut sommet du monde est devenue un objectif tr\u00e8s convoit\u00e9, parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsession, par un public toujours plus large. Certains iront par exemple y chercher une distinction \u00e0 exhiber dans leur CV, alors que d\u2019autres, pr\u00e9parant une reconversion dans le \u00ab life coaching \u00bb, tenteront d\u2019en tirer une l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Pal\u00e9o en altitude<\/p>\n<p>Sur le terrain, deux routes principales m\u00e8nent au sommet : depuis le nord par le versant tib\u00e9tain ou le sud par le versant n\u00e9palais. La plupart des ascensions sont entreprises dans une fen\u00eatre d\u2019\u00e0 peine un mois, en mai lorsque les vents sont plus faibles et l\u2019enneigement r\u00e9duit. Par le sud, les alpinistes partis de Katmandou acc\u00e8dent dans un premier temps au camp de base, situ\u00e9 \u00e0 5400 m\u00e8tres d\u2019altitude. Avant d\u2019entamer l\u2019ascension proprement dite, ils y s\u00e9journent plusieurs semaines pour les besoins de leur acclimatation. Ainsi chaque ann\u00e9e, au mois de mai, un village de tentes prend forme de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Everest. Des centaines d\u2019alpinistes plus ou moins chevronn\u00e9s, venus des quatre coins du globe, s\u2019y abritent, contraints d\u2019y tuer le temps. De mani\u00e8re assez cocasse, certains r\u00e9cits en donnent une image proche du camping de Pal\u00e9o, o\u00f9 beuverie, trafic de drogue, vol de mat\u00e9riel et prostitution auraient cours, notamment du c\u00f4t\u00e9 tib\u00e9tain.<\/p>\n<p>Zone de la mort<\/p>\n<p>Une fois acclimat\u00e9s, les alpinistes peuvent s\u2019attaquer aux 3000 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 jusqu\u2019au sommet. Arriv\u00e9s au dernier bivouac, \u00e0 7900 m\u00e8tres d\u2019altitude, ils disposent alors de deux \u00e0 trois jours pour attendre que les conditions m\u00e9t\u00e9o leur permettent de tenter l\u2019assaut final. A d\u00e9faut, leur organisme, qui ne peut s\u2019acclimater \u00e0 cette altitude, les contraindra \u00e0 redescendre. Pour accomplir cet ultime tron\u00e7on, ils doivent vaincre ce qu&#8217;on appelle commun\u00e9ment la \u00abzone de la mort \u00bb (Death Zone). Situ\u00e9e au-dessus de 8000 m\u00e8tres d\u2019altitude, l\u2019oxyg\u00e8ne y est rare et les gelures menacent \u00e0 tout instant. Hormis quelques sportifs d\u2019\u00e9lite, les alpinistes ach\u00e8vent ainsi leur ascension avec masque et bonbonne d\u2019oxyg\u00e8ne sur le dos, et une dizaine d\u2019heures leur sont en moyenne n\u00e9cessaires pour parcourir les 1,72 kilom\u00e8tres de route restants. Compte tenu de ces difficult\u00e9s, sur le millier de personnes ayant tent\u00e9 l\u2019ascension en 2012, seules 550 ont finalement pu atteindre le sommet.<\/p>\n<p>Une qu\u00eate obsessionnelle<\/p>\n<p>Dans ces conditions, certains sont pr\u00eats \u00e0 prendre des risques consid\u00e9rables. Lors de la saison 2012, dix alpinistes ont ainsi succomb\u00e9 dans leur ascension. Beaucoup de ces accidents se produisent dans la redout\u00e9e zone de la mort. S\u2019il est commun que des alpinistes y soient victimes de chutes, de malaises, ou surpris par la m\u00e9t\u00e9o, des r\u00e9cits rapportent que certains, en proie \u00e0 des d\u00e9lires ou des hallucinations, auraient soudainement arrach\u00e9 leurs habits avant d\u2019aller se pr\u00e9cipiter contre des rochers. Etant donn\u00e9 que le sauvetage par h\u00e9licopt\u00e8re est impossible \u00e0 cette altitude, et que les alpinistes, pouss\u00e9s \u00e0 leurs limites physiques, ne sont pas en mesure de transporter un confr\u00e8re en difficult\u00e9, la moindre d\u00e9faillance est souvent fatale. Ainsi quelques 150 corps, parfaitement conserv\u00e9s, peupleraient aujourd\u2019hui les alentours du sommet de l\u2019Everest. Certains y reposent depuis plusieurs dizaines d\u2019ann\u00e9es, et il n\u2019est pas rare que les alpinistes en rencontrent en bordure de chemin. Une portion du versant nord aurait m\u00eame \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e \u00ab Rainbow Valley \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux anoraks multicolores des cadavres visibles au loin tels des balises.<\/p>\n<p>Ce tableau de sph\u00e8res scintillantes, habit\u00e9es par la mort, participe d\u2019une aura puissante, dont l&#8217;attrait demeure aujourd\u2019hui intact. Alors qu\u2019ici commence la saison estivale, nous nous r\u00e9jouissons d\u2019aller chercher \u00e0 notre mani\u00e8re, sur les verts versants de nos vall\u00e9es alpines, un peu de l\u2019ivresse de l\u2019Everest.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette ann\u00e9e 2013 marque le soixanti\u00e8me anniversaire de la premi\u00e8re ascension du Mont Everest. Le 29 mai 1953, Sir Edmund Hillary, accompagn\u00e9 de son sherpa Tensing Norgay, se hissaient au sommet du monde \u00e0 8848 m\u00e8tres d\u2019altitude. 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