{"id":147,"date":"2013-08-08T10:25:51","date_gmt":"2013-08-08T10:25:51","guid":{"rendered":"http:\/\/doublecreme.net\/?p=147"},"modified":"2016-04-16T06:20:23","modified_gmt":"2016-04-16T04:20:23","slug":"les-bobos-lausannois-ou-lideologie-de-temps-present","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/doublecreme.net\/?p=147","title":{"rendered":"Les bobos lausannois &#8211; ou l&#8217;id\u00e9ologie de Temps pr\u00e9sent"},"content":{"rendered":"<p>Le terme de bobo (\u00ab bourgeois-boh\u00e8me \u00bb) serait apparu pour la premi\u00e8re fois sous la plume de l&#8217;Am\u00e9ricain David Brooks, journaliste au <i>New York Times<\/i>. En 2000 paraissait son livre \u00ab Bobos in Paradise \u00bb.<\/p>\n<p>L&#8217;auteur entendait d\u00e9signer un groupe d\u2019individus, dont le mode de vie aurait fusionn\u00e9 les id\u00e9aux de la contre-culture des ann\u00e9es 60 avec les principes d&#8217;\u00e9conomie lib\u00e9rale des ann\u00e9es Reagan. L&#8217;expression venait se substituer aux \u00ab yuppies \u00bb (\u00ab young urban Professional \u00bb), tout en \u00e9tant voisine des plus r\u00e9cents \u00ab Dinkies \u00bb (\u00ab double income no kids \u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/Temps-pr\u00e9sent-cropped-site.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-148\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/Temps-pr\u00e9sent-cropped-site.jpg\" alt=\"Temps pr\u00e9sent cropped site\" width=\"264\" height=\"181\" \/><\/a>Une d\u00e9finition actualis\u00e9e du bobo peut \u00eatre reconstitu\u00e9e aujourd&#8217;hui \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;internet. Habitant de pr\u00e9f\u00e9rence le centre des grandes villes, le bobo ferait preuve d\u2019un \u00ab conformisme raffin\u00e9 \u00bb, accompagn\u00e9 d&#8217;un \u00ab certain d\u00e9sordre \u00bb et d&#8217;une \u00abrelative d\u00e9sinvolture \u00bb. Politiquement, sa sensibilit\u00e9 pencherait pour les valeurs \u00e9cologistes de gauche. Il accepterait ainsi les diff\u00e9rences \u00ab jusqu&#8217;\u00e0 un certain point \u00bb, et aurait tendance \u00e0 \u00ab id\u00e9aliser une soci\u00e9t\u00e9 pacifi\u00e9e \u00bb. Par ailleurs, le bobo refuserait le luxe et l&#8217;affichage ostensible de la richesse, qu&#8217;il consid\u00e8re comme inutile.<\/p>\n<p>Les bobos et <i>Temps pr<\/i><i>\u00e9<\/i><i>sent<\/i><\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, le bobo est un st\u00e9r\u00e9otype qui renvoie \u00e0 une multitude d&#8217;attributs contradictoires. Ne craignant pas ce terrain glissant, les journalistes de <i>Temps pr<\/i><i>\u00e9<\/i><i>sent<\/i> en faisait r\u00e9cemment le fil conducteur d\u2019un reportage intitul\u00e9 \u00ab Les riches rach\u00e8tent nos villes \u00bb, diffus\u00e9 le 9 mai dernier.<\/p>\n<p>Dans le fond, ce reportage \u00e9voque l\u2019attrait croissant des centres-villes comme lieux d\u2019habitation, et l\u2019augmentation cons\u00e9cutive du prix des loyers. Un ph\u00e9nom\u00e8ne proche de ce que les Anglo-Saxons appellent la \u00ab gentrification \u00bb. Cette derni\u00e8re se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la transformation de quartiers urbains, suite \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux habitants aux revenus confortables. Typiquement, la gentrification se traduit par la r\u00e9habilitation d&#8217;anciens b\u00e2timents, et l&#8217;apparition de commerces proposant des produits \u00e0 plus haute valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p>Riches contre pauvres<\/p>\n<p>Dans le langage de <i>Temps pr<\/i><i>\u00e9<\/i><i>sent<\/i>, qui s&#8217;est pench\u00e9 sur les cas lausannois et genevois, les riches \u00ab rach\u00e8tent le c\u0153ur des villes romandes \u00bb. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une \u00ab nouvelle \u00e9lite \u00bb nous est pr\u00e9sent\u00e9e, ou \u00ab nouveaux envahisseurs \u00bb, qui veulent \u00ab faire main basse sur la ville \u00bb. De l&#8217;autre, la \u00ab culture populaire et ouvri\u00e8re \u00bb, ou les \u00ab prol\u00e9taires que l&#8217;on va parquer en bordure des villes \u00bb. Les premiers peuplent des \u00ab cages \u00e0 lapin de luxe \u00bb, nouvelles \u00ab forteresses, symboles en verre et en b\u00e9ton de sa r\u00e9ussite sociale \u00bb. Des t\u00e9moins nous rapportent que ces nouveaux r\u00e9sidents ne daignent pas participer aux f\u00eates des voisins, puisque \u00ab c&#8217;est chacun pour soi chez les bobos \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, un hommage nostalgique est rendu aux deuxi\u00e8mes. D&#8217;abord par la voix de ce kiosquier, qui regrette que les nouveaux bobos soient nettement moins gros fumeurs. Ensuite par ce tenancier d\u2019une \u00e9choppe de vin, qui explique avoir d\u00fb supprimer \u00e0 contrec\u0153ur son \u00e9talage de litres de rouge \u00e0 fr. 2.50, tout en assurant que \u00ab les salari\u00e9s \u00e0 cinq chiffres sont moins sympathiques \u00bb.<\/p>\n<p>Pour achever de nous convaincre de la r\u00e9alit\u00e9 de cette lutte des classes, les journalistes de Temps pr\u00e9sent convoquent enfin graphiques et autres statistiques des revenus. Une carte appara\u00eet alors \u00e0 l&#8217;\u00e9cran, partageant Lausanne en deux, \u00ab ville violette contre ville verte \u00bb.<\/p>\n<p>Journalistes militants<\/p>\n<p>Divertissant par son ton volontairement comique, plut\u00f4t bien r\u00e9alis\u00e9, ce reportage serait louable s&#8217;il ne r\u00e9v\u00e9lait de mani\u00e8re aussi \u00e9vidente la posture id\u00e9ologique des journalistes de la <i>RTS<\/i>.<\/p>\n<p>Aussi, aux riches du reportage \u00ab Les riches rach\u00e8tent nos villes \u00bb, r\u00e9pondent les pauvres du reportage \u00ab Caritas &#8211; Carrefour des pauvres \u00bb, diffus\u00e9 le 29 novembre 2012. Ici, le propos est pos\u00e9 par le pr\u00e9sentateur Jean-Philippe Ceppi, qui s\u2019interroge: \u00ab\u00a0Est-il tol\u00e9rable que 600&#8217;000 Suisses vivent au-dessous du seuil de pauvret\u00e9, l\u2019Etat en fait-il assez ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S\u00e9quences tragi-comiques<\/p>\n<p>S\u2019ensuit un film qui nous m\u00e8ne au sein de diverses structures de r\u00e9insertion dans le canton du Jura. Un film \u00e9galement bien r\u00e9alis\u00e9, o\u00f9 le tragique se m\u00eale souvent au comique (mention sp\u00e9ciale au t\u00e9moignage de ce monsieur proche de la retraite, occup\u00e9 \u00e0 recycler des crucifix dans la zone industrielle de Del\u00e9mont). Avec une question qui revient de mani\u00e8re lancinante, pos\u00e9e syst\u00e9matiquement \u00e0 tous les intervenants\u00a0: \u00ab Vous consid\u00e9rez-vous comme pauvre ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sous ce vernis rh\u00e9torique, le reportage finit malgr\u00e9 tout par convaincre. Lorsque les images prennent le dessus, et qu&#8217;ainsi les v\u00e9ritables ressorts de la pauvret\u00e9 nous sont montr\u00e9s: d\u00e9pendances en tous genres, prodigalit\u00e9, solitude, familles monoparentales, maladie. Autant de formes d\u2019une mis\u00e8re d&#8217;abord psychologique, avant d&#8217;\u00eatre financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Une r\u00e9alit\u00e9 ambivalente<\/p>\n<p>Un reportage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 remplit son r\u00f4le s&#8217;il laisse parler sa mati\u00e8re. Si les images, ou les t\u00e9moignages qu&#8217;elles portent, font d\u00e9couvrir une r\u00e9alit\u00e9, dans toute sa complexit\u00e9. Une r\u00e9alit\u00e9 qui ensuite permettra au spectateur de se forger une opinion.<\/p>\n<p>Dans les deux reportages \u00e9voqu\u00e9s, le journaliste est le premier \u00e0 prendre la parole. Le message qu&#8217;il veut transmettre est pos\u00e9 en introduction, et la trame du reportage r\u00e9gl\u00e9e en cons\u00e9quence. Au visionnage, ce message finit toutefois par se heurter aux diff\u00e9rents t\u00e9moignages, qui nous rendent compte d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 plus nuanc\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le terme de bobo (\u00ab bourgeois-boh\u00e8me \u00bb) serait apparu pour la premi\u00e8re fois sous la plume de l&#8217;Am\u00e9ricain David Brooks, journaliste au New York Times. En 2000 paraissait son livre \u00ab Bobos in Paradise \u00bb. 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